Saintélyon : l'après

Vous le savez (c’est obligé, je l’ai crié sur tous les réseaux sociaux …) ce weekend j’ai participé à la Saintélyon, sur le 72 km.

L’essentiel

Est ce que j’ai aimé la course ?

  • Oui

Est ce que j’ai souffert ?

  • Oui

Est ce que c’est plus facile qu’un marathon ?

  • Oui

Est ce que je pense la refaire ?

  • Je ne sais pas

Le détail

Je vous avais laissé jeudi soir sur mon canapé, dans un état de stress assez important. Vendredi au travail j’étais plutôt absent, l’esprit ailleurs. Étrangement avant les courses je dors bien, mon cerveau est bien fait (pour les courses, sur d’autres choses on peut en discuter…), je me sens fatigué tôt et je m’endors vite.

Samedi matin je me réveille donc en pleine forme, impatient mais quand même stressé. Je prends un petit déjeuner léger, je déjeune tôt (des pâtes et je m’en garde pour le soir).

Je retrouve mes amis gare de Lyon, c’est rigolo de voir ces inconnus avec des sacs de trail qui attendent leur TGV. Nous voilà en route pour Lyon, pendant le trajet on discute, je bouquine un peu, j’essaie de me changer les idées. Vous vous demandez probablement pourquoi le train a pour destination Lyon et pas Saint-Etienne, vu que le départ de la course a lieu à Saint-Etienne… et bien moi aussi :) Explication : le retrait des dossards se fait à la halle Tony Garnier, cela permet de regrouper les différentes courses :

  • La 72 km
  • Le relais à 4
  • Le relais à 3
  • Le relais à 2
  • Le 44 km
  • Le 22 km
  • Le 12 km

Ensuite des navettes payantes pour la 72 km, gratuites pour la 22 km permettent de rejoindre les départs. C’est honnêtement assez compliqué comme système, je comprends le gain en simplicité pour l’organisation et le côté pratique pour les Lyonnais mais en tant que touriste parisien, c’est pas si simple.

Nous voilà donc posés dans les gradins de la halle, j’ai fait le tour obligatoire dans le village pour récupérer mon dossard. Je ne comprends pas l'intérêt de ce genre d’endroit, quand j’arrive sur une course, je suis prêt, j’ai mon matos, ma nourriture, ma montre … je n’ai jamais rien acheté mais peut être que je suis une anomalie.

On restera de longues heures dans ces gradins, on papote, on s’ennuie, je mange les pâtes que j’ai apporté vers 18h30, ça m’évite la pasta partie et l’heure de queue. L’arche d’arrivée est devant nous pendant tout ce temps, j’ai du mal à croire que la prochaine fois que je la verrai il fera jour et j’aurai fait 72 km.

J’ai demandé à mes amis si on pouvait prendre la dernière navette, celle de 20h, j’ai une amie qui vient faire le 44 km et j’ai envie de la croiser. On se voit quelques minutes, on discute de tout et de rien, ça fait du bien au moral.

Me voilà en route pour Saint-Etienne, 45 minutes dans le calme, les gens sont concentrés. Avant le départ on attend dans deux grands hangars, les gens sont allongés par terre, certains bien installés dans des sacs de couchage et sur un petit matelas de camping. De mon côté j’ai amené un sac de couchage et je tente de faire une mini sieste. Je parviendrai à faire deux fois 10 minutes de sieste. Je sors de mon coma vers 22h20, en pleine forme, j’ai envie d’être au départ.

J’enfile ma tenue de gala, je remplis mon sac, je mange un peu, je fais le plein de mes gourdes, je vérifie mon matos une dernière fois. 23h15, on suit le mouvement et on se dirige vers le départ. Les gens sont impatients, on veut y aller. Première constatation : il ne fait pas bien chaud, tant que l’on reste collé les uns aux autres ça va, dès qu’on laisse le vent s’engouffrer on a froid. Me dire qu’une fois passé l’arche de départ je suis parti pour 72 km et vraisemblablement 10h dehors, ça fou la trouille :) Je pars dans la 4ème vague, celle de 00h10. La mise en route est poussive, mon corps met du temps à se réchauffer. Je perds rapidement le contact avec mes deux amis, ils ne sont vraiment pas sur le même rythme que moi, je les laisse donc partir pour faire ma course et essayer de la terminer correctement.

Pelican

La première partie de la course consiste à sortir de la ville, je cours sur des grandes routes, les frontales sont éteintes, c’est pas génial mais ça permet de se chauffer. Tout d’un coup ça tourne à droite sur un petit chemin, et là je sais que c’est parti pour la grande aventure … enfin je sais surtout que c’est parti pour les bouchons : au moindre rétrécissement ça ralentit et je me retrouve à marcher.

Le premier ravito arrive, je suis bien, je prends mon verre de Pepsi, un verre de thé bien chaud pour me réchauffer, je grignote deux trois trucs et je checke pour téléphone pour donner des nouvelles et je repars. Ce téléphone, j’ai eu la bonne idée de l’embarquer dans mon sac et de l’avoir à portée de main. Il me servira à garder un lien avec mes amis, sur la course et en dehors. Je n’ai jamais autant espéré que les enfants de mes amis se réveillent la nuit... J’ai ainsi pu savoir que mon amie avait terminé son 44 km, que mon pote était loin devant moi et m’avait déjà collé 40 minutes au deuxième ravito…

Ce deuxième ravito arrive assez vite, je répète ma routine Pepsi/thé/grignotage. J’essaie de ne pas m’attarder aux ravitaillements, ils étaient rarement chauffés ça aide.

Pelican

C’est à partir de ce kilomètre 28, de Sainte Catherine que je vais apprécier ma course. Tout d’un coup il y a moins de gens, je peux enfin faire les descentes à mon rythme, ne plus être gêné par ce monde. Après le départ j’avais rapidement décidé que non, je ne doublerais pas comme un crève la faim sur le côté ou en poussant, que non je ne jouerais pas des coudes pour avoir mon bout de banane rapidement. C’est difficile à décrire, mais j’avais besoin de cette sérénité, j’ai adoré (et le mot est faible) courir seul à la lueur de ma frontale. Pendant ce fameux deuxième tiers de la course, à la fois le plus dur et le plus beau, j’ai eu la sensation de courir avec une perfusion d’endorphine dans le bras, ce sentiment de toute puissance, ça fait drogué je sais, et ça s’en rapproche probablement. Je sais que je cours pour ce genre de moment…

Par moment la route ou le chemin est verglassé, ça glisse, mais rien de bien méchant. Avec le recul je me dis que les années où il neige, la course change de dimension et la difficulté augmente considérablement.

Le soleil se lève, c’est magique, je cours sur des petits chemins, à droite de moi des sapinières entièrement givrées, au fond le brouillard et un magnifique lever de soleil. On était nombreux à avoir envie de s’arrêter pour prendre une photo. Mais les souvenirs sont mieux dans la tête que sur un téléphone.

Puis la fatigue refait surface, je suis content de voir le ravitaillement du 52ème km. On m’avait prévenu que ce ravito était piégeux, la salle est chauffée, les jambes sont lourdes, des bancs sont installés le long des murs (ça c’est fourbe comme tentation !!!). Je prends une soupe et je me dis “ bon Rémi, tu te poses juste le temps de boire cette soupe et tu repars”. Assis sur ce banc, peut être l’espace de 3 minutes je me suis refroidi et j’ai commencé à trembler. Cette réaction de mon corps je la connais et je la crains : quand j’ai froid il m’arrive de trembler de manière incontrôlable, le seul remède étant de rentrer au chaud. Je repars donc rapidement, mais pas assez vite, je fais à peine 30 mètres dehors que je tremble comme une feuille. Ca ne devait pas être beau à voir! J’ai continué à courir en espérant me réchauffer et ça a fonctionné, mais j’ai eu peur, vraiment peur.

Le dernier 20 km est le plus dur, c’est assez plat voire en descente mais sur route et après 50km, mes genoux n’aiment pas trop le bitume. Ca tape, c’est long, mon rythme baisse, je suis dans le dur. La côte juste avant la marque des 5km m’achève, ça monte pendant 1km. Puis vient la marque des 4km, celle des 3km et d’un coup on voit un vaisseau spatial apparaître, le musée des confluences. J’ignore ce qu’il y a dans ce musée, mais je suis disponible pour le visiter ne serait- ce que pour voir le bâtiment de plus près ! A ce moment là je sais que c’est gagné, je vais finir la Saintélyon. L’émotion est présente, je me demande même si je ne vais pas pleurer en passant la ligne d’arrivée ...

Finalement je passe le pont, puis j'aperçois la halle Tony Garnier, et d’un coup Elise et Sam apparaissent, leur énergie est impressionnante, ils me demandent de sprinter, mais je refuse, je n’ai plus de force ni d’envie. Je rentre dans le bâtiment, je vois l’arche, Sam me dit de faire un saut en passant la ligne, je donne tout ce que j’ai pour à peine décoller du sol. Je l’ai fait : j’ai couru 72km en 9h48. Je récupère mon t-shirt de finisher, je plane complètement. Il me faudra pas mal de temps avant de pouvoir tenir une vraie conversation.

Le papa d’Elise nous a apporté les croissants et les pains au chocolat. Qu’est-ce qu’il était bon ce pain au chocolat !

Est ce que j’ai aimé la course ?

  • Oui, j’ai adoré l’effort, courir la nuit, voir ces guirlandes de frontales.

Est-ce que j’ai souffert ?

  • Oui, j’ai eu froid. J’ai encore du travail à faire niveau équipement, ma sous couche est resté mouillée du début à la fin, mon gilet de trail aussi. Sur la Saintélyon ça passe, sur un “vrai” trail ça ne pardonnera pas.

Est-ce que c’est plus facile qu’un marathon ?

  • Oui, un marathon c’est un effort de plusieurs heures sur une surface dure. Si je marche sur un marathon c’est que je suis dans le dur. Sur la Saintélyon, si je marche c’est que ça monte ou que le passage est technique. Au final les temps de course sont souvent entrecoupés de petites pauses.

Est-ce que je pense la refaire ?

  • Je ne sais pas mais probablement. Les copines parlaient de faire la 72 l’an prochain, je me dis que les accompagner ça serait chouette. Et … (maman si tu me lis, tu peux arrêter là), mon papa est bientôt à la retraite, il va avoir le temps de s'entraîner comme il faut. Depuis dimanche je me dis que ça lui plairait cette course, il ne me reste plus qu’à suggérer l’idée.

Cette course aura donné des idées à ma meilleure amie, elle s’est inscrite au marathon de Paris. Et ça j’en suis pas peu fier :)

2017 sera une belle année, pour l’instant le calendrier triathlon est plus ou moins fixé. Mais il reste encore à décider du programme vélo et trail. Pour le trail, j’hésite encore, est-ce que j’ai envie de tenter mon premier 100 km ? Je ne sais pas :)

Je suis certain que toi qui me lis tu as des idées !

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